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MaMA 2018 : « La disparition de festivals, un phénomène à traiter avec sérieux » (Serge Kancel, MC)

Article publié par News tank Culture le lundi 22 octobre 2018.

Reproduit avec l'aimable autorisation de News Tank Culture.

 

« En prenant cette mission, je me suis demandé ce que j’attendrais moi-même d’une telle mission en tant qu’usager du service public. Le premier élément qui m’est venu est celui d’un panorama de tous les festivals qui existent en France. J’ai fait remonter tout ce qui existait sur le web en termes de données et de listes. Puis j’ai trié et ouvert ce panorama avec un peu moins de 2 000 festivals, tous genres confondus, début juillet 2018. (…) L’intérêt d’un tel panorama est également de repérer les festivals qui disparaissent : c’est un phénomène qu’il faut traiter avec beaucoup de sérieux, en évitant de tomber dans les fausses analyses. J’ai déjà une liste de festivals, et lorsque je commencerai à avoir le temps, je vais les appeler un par un pour connaître les causes de leur renoncement, afin de procéder à une vraie analyse », indique Serge Kancel, référent permanent pour les festivals au ministère de la Culture, lors du 10e MaMA, à l’Élysée-Montmartre (Paris 18e), le 19/10/2018. 

« Il y a un lien entre la charte des festivals présentée par Françoise Nyssen en juillet 2018 et la directive (à destination des DRAC, NDLR) en cours au ministère. La ministre souhaitait qu’il y ait, avant cette directive, une affirmation par l’État de ce que doit être un festival exemplaire, susceptible de faire l’objet d’un soutien de la part du ministère. (…) Souvent, on considère que la subvention est une sorte d’octroi qui vient d’en haut, avec un opérateur qui est bien content d’en profiter. Ce n’est pas mon approche. La subvention, pour moi, est un échange d’égal à égal. Il y a d’un côté un ministère, qui cherche à incarner une politique culturelle, et de l’autre un opérateur, qui peut offrir cette incarnation de politique culturelle. C’est une logique partenariale », poursuit-il. 

News Tank revient sur cette discussion menée par Mathias Milliard, responsable de la production et de la circulation des contenus à l’IRMA.

 

« Un projet de directive aux DRAC déjà bien avancé »

  • « Françoise Nyssen m’a confié il y a quelques mois une mission permanente, ce qui est assez rare à l’IGAC, de référent sur les festivals.
  • Elle s’est demandée pourquoi et comment on pouvait accompagner les festivals. Accompagner d’un point de vue financier mais pas uniquement. Pour elle, le caractère transversal de la mission était déterminant : ainsi, je m’occupe de spectacle vivant au sens large, tout autant que des festivals de cinéma et d’audiovisuel et des salons du livre, d’arts et de patrimoine. L’idée étant de comprendre pourquoi un festival, quel qu’il soit, fonctionne ou ne fonctionne pas. Mais aussi de savoir quelle est l’opportunité de soutenir ou non certains. Et sur quels critères. Cette vision transversale permet de voir encore mieux les spécificités de chaque secteur.
  • Le nouveau ministre est venu à la rencontre de l’Inspection générale ce matin, moment pendant lequel j’ai brièvement évoqué auprès de lui le sujet des festivals (future directive, services d’ordre indemnisés). Tout ce que je peux dire, c’est qu’il n’a pas semblé réagir négativement sur le caractère permanent et transversal de ma mission.
  • Je vais donc continuer avec deux objectifs immédiats :
    • Le premier est de continuer à alimenter une grande plateforme sur les festivals, un panorama, accessible sur le site du ministère.
    • Le deuxième est un projet de directive aux DRAC, pour voir de quelle manière se réinterroger sur l’aide qu’elles fournissent aux festivals. Ce projet de directive, déjà bien avancé, a fait l’objet de concertation avec les services du ministère et les établissements publics qui alimentent les réseaux, comme le CNL, le CNC ou le CNV. Mais sur ce sujet, il reviendra au ministère de faire les arbitrages. »

Le panorama des festivals : « entre 3 000 et 4 000 manifestations recensées d’ici à la fin d’année » :

  • « En prenant cette mission, je me suis demandé ce que j’attendrais moi-même d’une telle mission en tant qu’usager du service public. Le premier élément qui m’est venu est celui d’un panorama de tous les festivals qui existent en France. J’ai fait remonter tout ce qui existait sur le web en termes de données et de listes. Puis j’ai trié et ouvert ce panorama avec un peu moins de 2 000 festivals, tous genres confondus, début juillet 2018. Nous sommes à 2 700 festivals recensés et serons entre 3 000 et 4 000 d’ici à la fin d’année 2018. Là, nous aurons une vue d’ensemble des festivals, salons et biennales en France. 
  • C’est un outil de curiosité citoyenne, qui permet de renforcer les liens entre culture et tourisme. Et puis ce panorama renvoie aussi à la logique de “Pass culture” qui se construit au ministère.
  • L’intérêt d’un panorama tel que celui-ci est également de repérer les festivals qui disparaissent : c’est un phénomène qu’il faut traiter avec beaucoup de sérieux, en évitant de tomber dans les fausses analyses. J’ai déjà une liste de festivals, et lorsque je commencerai à avoir le temps, je vais les appeler un par un pour connaître les causes de leur renoncement, pour pouvoir procéder à une vraie analyse. Un festival qui met la clé sous la porte, c’est toujours révélateur de quelque chose.
  • Le panorama est également au service des différentes collectivités, dont certaines se servent déjà pour revendiquer le caractère festivalier de leur territoire.
  • Tout ce travail est évidemment en lien avec le futur CNM, qui sera doté d’une fonction d’observation. Ce panorama sera l’un des éléments de cette observation.
  • Dans le cadre de la mise en place de Sibil, je me suis assuré pour que lorsqu’une représentation a lieu dans un contexte festivalier, une case adéquate puisse être cochée afin d’alimenter mon propre observatoire. »

Charte des festivals : « une affirmation par l’État de ce que doit être un festival exemplaire » :

  • « Il y a un lien entre la charte des festivals présentée par Françoise Nyssen en juillet 2018 et la directive en cours au ministère. La ministre souhaitait qu’il y ait, avant cette directive, une affirmation par l’État de ce que doit être un festival exemplaire, susceptible de faire l’objet d’un soutien de la part du ministère.
  • Elle contient plusieurs critères :
    • le rayonnement du festival,
    • l’aspect “tête chercheuse“,
    • l’importance et le retentissement par rapport à une filière,
    • le fait de s’adresser à tous les publics, dans tous les niveaux de revenus,
    • l’inscription dans le territoire,
    • un travail de mise en valeur du patrimoine, lorsque le festival se déroule dans un cadre patrimonial,
    • la responsabilité sociale du festival, qu’il s’agisse de développement durable, d’accueil des publics handicapés ou de parité hommes-femmes.
  • Voilà les critères sur lesquels nous proposerions aux DRAC de s’appuyer pour guider leur choix lorsqu’il s’agit de subventionner un festival. Il s’agirait d’une sorte de matrice, de faisceau d’indices. Cela permettrait certainement de réinterroger la subvention de certains, tentés de ne pas trop sortir de leur zone de confort, et de faire entrer dans leurs radars de nouvelles manifestations. L’idée évidemment n’étant pas de “déshabiller Pierre pour habiller Paul“.
  • Souvent, on considère que la subvention est une sorte d’octroi qui vient d’en haut, avec un opérateur qui est bien content d’en profiter. Ce n’est pas mon approche. La subvention, pour moi, est un échange d’égal à égal. Il y a d’un côté un ministère, qui cherche à incarner une politique culturelle, et de l’autre un opérateur, qui peut offrir cette incarnation de politique culturelle. C’est une logique partenariale.
  • Dans la proposition de directive que j’ai faite, tenir compte de la gratuité du festival ne m’a pas semblé pertinent. De même que je n’ai pas établi de critère lié au fait qu’un festival soit issu de l’économie sociale et solidaire. Chaque festival a son modèle économique. Certains sont plus fragiles que d’autres, mais ce ne sont pas spécifiquement les festivals gratuits. Cette fragilité existe des deux côtés. Tout nous pousse par ailleurs à faire du critère associatif de la structure organisatrice un critère de choix. Mais cela me semble injuste. Évidemment, si nous sommes face à des festivals qui sont dans une pure logique économique, nous pouvons considérer qu’ils n’ont pas besoin de nous.
  • En tant que tel, la charte n’a pas foncièrement vocation à être signée par les festivals. Cette charte aborde un certain nombre de sujets que nous avons identifiés comme prioritaires. Elle pointe également des menaces : le renchérissement des coûts de production, la dépendance des organisateurs à la subvention des collectivités, ainsi que la fragilité du mécénat et de l’appel aux bénévoles.
  • En revanche, la charte intéresse les fédérations d’élus. Peut-être peut-on arriver à un document conjoint qui permettrait aussi aux collectivités de revendiquer le contenu de la charte.
  • Concernant la directive, nous pourrions aboutir à un document d’ici la fin d’année ou début 2019. »

 

Facturation des services d’ordre : « un sujet sensible cette année »

  • « La circulaire du ministère de l’Intérieur, de mai 2018, sur la facturation des services d’ordre a été mise en place par certaines préfectures de manière assez rude. Nous allons être très attentifs dans les temps qui viennent. C’était un sujet sensible cette année et cela peut devenir explosif l’an prochain.
  • Les remontées que l’on m’a faites au sujet de la facturation des forces de l’ordre ne sont pas si nombreuses que cela. Et c’est peut-être cela qui est inquiétant : nous sommes certainement face à une bombe à retardement. La circulaire du ministère de l’Intérieur est censée s’appliquer à tous les festivals et en 2019, les préfets y seront très attentifs. Il faut réfléchir à cette question en termes politiques, car les élus vont remonter au créneau, c’est certain.
  • Parmi les autres sujets, il convient d'être très attentif au crédit d’impôt, même s’il impacte moins les festivals, et aussi à tout l’aspect relatif au mécénat, source de financement important pour ce secteur.
  • Par ailleurs, nous nous intéressons à la création de fédérations régionales de festivals, qui permettent d’envisager l’accompagnement de manière différente, au travers de guides de bonnes pratiques, d’outils partagés… »

 

« Les festivals qui souffrent le plus sont ceux de jauge moyenne »

  • « Selon les derniers chiffres du CNV, 25 % de la fréquentation et 21 % de la billetterie sont générés par un contexte festivalier.
  • Cela renvoie à la question de la fréquentation des festivals. Je me suis demandé cette année pourquoi certains étaient en baisse. Je n’ai pas de conclusion, mais me suis aperçu que les festivals qui souffrent le plus sont ceux de jauge moyenne. Ce danger qui guette cette population du milieu, on le retrouve dans d’autres secteurs de la culture : les salles de spectacles, les films…
  • Il faut que l’observation soit élargie à un plus grand nombre de festivals et que celle-ci fasse l’objet d’un suivi sur plusieurs années. Si l’on s’aperçoit alors que ces festivals moyens veulent franchir un cran mais sont en souffrance, peut-être y aurait-il alors un nouveau critère à établir dans la directive. »

Concentration : « observer le phénomène de très près » :

  • « Un ancien ministre de la Culture a déclaré que [la concentration économique était un] sujet essentiel et qu’il fallait prendre des décisions. Je ne suis pas sûr que l’on puisse faire grand-chose face à un phénomène de concurrence. Mais il ne faut pas non plus être naïf et il convient d’observer le phénomène de très près. Car la question des coûts de plateaux artistiques a des répercussions sur les petits et moyens festivals, lesquels ne peuvent plus prétendre aux mêmes affiches.
  • Néanmoins, la hausse des cachets est un phénomène très difficile à observer, car la transparence n’est pas le maître mot à ce niveau. Il faut que ce soit un futur élément de l’observatoire.
  • Si le phénomène de concentration devenait intolérable, il faudrait faire quelque chose. Je rappelle qu’il y a des règles de concurrence dans le pays, qui sont observées par la France et Bruxelles. Si ces règles sont enfreintes, on parle de concurrence déloyale et il y a sanction. Si l’on voit une évolution préoccupante mais normale, la principale réponse que nous pourrons fournir sera celle des critères établis dans la directive. Afin que des festivals ayant du abandonner par contrainte une politique de tête d’affiche puisse tout de même travailler, différemment, en ayant le soutien du ministère. »

    Serge Kancel

Photographie : © News Tank